LA CHRONIQUE DE BERTRAND DUBOUX

    

Un Tour 2014 ouvert aux ambitieux 

    En installant son chapiteau de départ à Leeds, au cœur du Yorkshire, le Tour de France étend une nouvelle fois son terrain de jeu bien au-delà des frontières de l’Hexagone. Une nouvelle affirmation de son succès, de son rayonnement et de son prestige auprès de ceux qui détiennent les cordons de la bourse. Succès à la fois populaire et commercial qui donne des idés à d’autres puisque le Tour d’Itaie s’élancera de Belfast (Irlande du Nord) et que la Vuelta lorgne du côté de l’Italie pour 2015 ! Comme une concurrence féroce et une guerre d’influence qui ne veut pas dire son nom entre les organisateurs des trois grands Tours.

   Personne n’a oublié l’engouement extraordinaire qu’avait provoqué le départ de Londres, en 2007. Sans doute en ira-t-il de même l’an prochain malgré l’absence de prologue, remplacé par une étape en ligne entre Leeds et Harrogate. Un Tour 2014 offert plutôt aux grimpeurs, malgré le retour des pavés, avec cinq arrivées au sommet et un seul contre la montre l’avant-dernier jour entre Bergerac et Périgueux (54 km). Mais un Tour ouvert aussi aux baroudeurs et aux ambitieux sur un terrain qui devrait permettre les grandes manœuvres.

   Après trois jours à travers la campagne anglaise, la 101ème édition rendra hommage à la Grande Guerre 1914-1918 en traversant le Nord d’ouest en est, secouée par neuf secteurs pavés (total 15,4 km) entre Ypres et Reims, puis en abordant la Champagne et les Vosges via Nancy, Gerardmer et Mulhouse. Les coureurs retrouveront ensuite la difficile ascension de La Planche des Belles filles, au-dessus de Belfort, découverte en 2012 (succès de Froome). Ils se reposeront le lendemain à Besançon.

   De quoi tirer déjà un premier bilan avant de s’engager en direction des Alpes via Oyonnax et St.Etienne, avec deux points de chute importants dans les stations de Chamrousse, puis Risoul. A l’exception de l’Izoard, peu de grands cols sont au programme de cette traversée des Alpes, au contraire des Pyrénées où le Tour fera halte à Bagnères-de-Luchon, au Pla d’Adet et à Hautacam après avoir escaladé le Port de Balès, le Portillon, Peyresourde, le col d’Azet et le Tourmalet.

   Le verdict final tombera à l’occasion de l’exigeant chrono entre Bergerac et Périgueux sur 54 kilomètres à la veille de l’arrivée sur les Champs Elysées. En 1994, dans le sens inverse et sur 64 km, Miguel Indurain y avait conforté le quatrième de ses cinq succès, en creusant des écarts importants : Rominger à 2’00, De las Cuevas à 4’22,  Marie à 4’25, Boardman à 5’27, puis 13è un certain Lance Armstrong à 6'23…

   Avec ses neuf secteurs pavés, une seule épreuve chronométrée (pour la première fois depuis plus de cinquante ans) et six étapes de montagne (dont cinq avec arrivée en altitude), il serait étonnant que les grimpeurs n’y trouvassent pas leur compte. A condition de ne pas perdre trop de temps sur les pavés qui pourraient bien mettre le bazar dans le peloton et réserver quelques surprises, comme à l’époque Hinault-Zoetemelk. De quoi créer le suspense et faire peur à quelques favoris.

   Parmi ceux-ci, l’Italien Nibali (vainqueur du Giro 2012 et grand protagoniste de la Vuelta) et l’Espagnol Contador pour autant que ce dernier retrouve le haut niveau qui était le sien avant sa suspension. Mais aussi le talentueux Colombien Quintana, dauphin de Froome cette année, les Espagnols Joaquim Rodriguez et Valverde, l’Américain Van Garderen « délivré » de la présence d’Evans (l’Australien disputera le Giro) et peut-être aussi le nouveau champion du monde portugais Rui Costa, double vainqueur du Tour de Suisse ces deux dernières saisons et vainqueur de deux étapes en 2013.

   Qu’en sera-t-il des frères Schleck ? Il est trop tôt pour répondre à la question. Comme il est délicat de s’aventurer à un pronostic concernant Christopher Froome qui redoute les secteurs pavés et qui, en l’absence de Wiggins (vainqueur du Tour 2012), pourrait bien s’effacer au profit de son compère australien Richie Porte.

   Et si papy Horner, le vainqueur de la Vuelta, était au départ, à 42 ans… ?

Bertrand Duboux