LA CHRONIQUE DE BERTRAND DUBOUX

 

 

Le sacre de Vincenzo Nibali à Paris

Péraud et Pinot sur le podium

 

 

Seize ans après le succès frelaté de Marco Pantani,  Vincenzo Nibali a remis le cyclisme italien à l’honneur en triomphant sur les Champs Elysées devant les Français Jean-Christophe Péraud (37 ans) et Thibaut Pinot (24). Une consécration méritée et indiscutable tant la supériorité du Sicilien est apparue évidente au fil des jours. Les abandons sur chutes de ses deux principaux adversaires désignés, l’Anglais Froome (vainqueur en 2013) et l’Espagnol Contador (2007-2009), lui ont certes facilité la tâche mais le champion d’Italie avait déjà affirmé ses ambitions dès la deuxième étape en endossant le maillot jaune après avoir gagné en solitaire à Sheffield.

 

Jamais durant les trois semaines de cette 101ème édition sa domination n’a pu être remise en question par une opposition qui a plutôt dû s’accrocher aux branches dans les ascensions, à l’image de l’Espagnol Valverde, débordé à Chamrousse et Risoul mais surtout dans les Pyrénées où Péraud  et Pinot  ont lutté avec acharnement pour l’accès au podium duquel était éjecté le jeune Romain Bardet. Tous ont ensuite jeté leurs dernières forces dans une bataille féroce et poignante pour la deuxième place à Paris sur les 54 km contre la montre entre Bergerac et Périgueux avec un verdict finalement favorable à Péraud (malgré une crevaison) au détriment du prometteur Pinot et de Valverde, exténué.

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Depuis 1984 (1er Fignon 2è Hinault) les Français n’avaient plus eu la joie de voir deux des leurs sur le podium. L’événement marque les esprits après une longue période de disette dûe aux affaires de dopage qui ont pourri le milieu du vélo et il est à souhaiter que cela se confirme dans le futur. Pour Péraud, venu du VTT tardivement (il est vice-champion olympique à Pékin en 2008), c’est un rêve qui se concrétise, sans doute au-delà de ses espérances et il avait bien du mal à sécher ses larmes après cet ultime exploit. Une très belle réussite personnelle mais aussi pour le collectif d’AG2R qui enlève le classement par équipes avec encore le talentueux Bardet 6ème (il a perdu la 5ème place pour 2 secondes par rapport à Van Garderen).

Quant à Pinot, révélé par son magnifique succès d’étape à Porrentruy (Suisse) en 2012, il a « pris de la caisse » au sein de la FDJ, où Marc Madiot a su le faire progresser, et ses qualités de grimpeur en font un sujet d’avenir.

On peut en dire autant de Nibali, déjà vainqueur de la Vuelta en 2010 et du Giro l’an passé, et qui arrive à maturité, à 29 ans et demi, sans jamais avoir été inquiété par la patrouille. Avec une maîtrise parfaite des événements, du sang-froid, de la vista et un tempérament offensif qui donne du panache à ses victoires. C’est ainsi qu’il a construit son triomphe à Paris : par petites touches, à petites doses (sans mauvais jeu de mot). Avant ses quatre succès à Sheffield, La Planche des Belles Filles, Chamrousse et Hautacam, il avait ainsi fait le ménage sur les pavés du Nord vers Arenberg et déjà pris ses distances avec l’opposition (Porte, Talansky, Pinot, Rui Costa, Valverde, Bardet, Péraud, Van Garderen et Contador) rejetée à plus de deux minutes !

Par la suite, il a magnifiquement concrétisé lors des principales arrivées en altitude dans un style de grimpeur léger et efficace, irrésistible même. Il a conforté son maillot jaune qu’il n’aura cédé que 24 heures au jeune Gallopin à Mulhouse sans jamais avoir été mis en difficulté. Sauf peut-être le lendemain du second jour de repos vers Bagnères-de-Luchon où les jambes étaient plus lourdes que d’habitude. Mais pour les autres aussi et personne n’a pu en profiter ! Ensuite il n’y eut plus rien à espérer, avec ce coup de pédales facile et décontracté, tout en souplesse, qui tournait comme dans un bain d’huile.

Une belle image de ce champion tranquille et maître de ses nerfs, qui a quitté très jeune sa famille et sa Sicile natale pour s’établir en Toscane afin d’y trouver de meilleures conditions pour assouvir sa passion et entrer dans le monde professionnel, en 2005. Un déracinement qui l’a laissé humble et respectueux, loin de l’arrogance de certains de ses prédécesseurs sur le podium du Tour de France. En trois semaines, aux yeux du monde entier, Vincenzo Nibali a fait l’unanimité sur son nom par sa façon de courir, son style, son élégance. L’équipe Astana, malgré la chute de Scarponi et les blessures de Fuglsang, a su le protéger et le porter à la victoire finale en faisant bloc autour de lui.

Souhaitons que rien ne vienne ternir la fête et qu’avec lui le sport cycliste professionnel ait enfin réussi à vaincre ses vieux démons et à retrouver sa crédibilité perdue.

                                                                                   Bertrand Duboux, 27.7.2014